Alors que les plus chanceux ont pu monter voir la neige sur les cimes de nos belles montagnes, d’autres l’attendent avec impatience dans la vallée. Avec impatience ? Pas toujours. Certains redoutent les trottoirs et les routes glissantes et surtout le cahot qui suit souvent les chutes de neige en ville. Interview de M. Pierre Robyr, secrétaire adjoint et responsable du service technique de la commune.
Quelles sont les obligations des habitants de la commune en cas de neige et de verglas ?
PR: Le règlement cantonal sur la propreté, la salubrité et la sécurité publiques entré en vigueur le 8 juillet 1955, rappelle bien à l’article 22, qu’en cas de chute de neige ou de verglas, les trottoirs doivent être nettoyés le plus rapidement possible. Ce travail incombe aux propriétaires, aux locataires d’arcades, aux concierges ou, à leur défaut, à toutes autres personnes désignées à cet effet par le régisseur ou par le propriétaire. Dans les rues où il n’existe pas de trottoirs, l’enlèvement de la neige doit être effectué, le long de chaque bâtiment, sur une largeur de 2m.
Sur les voies publiques, les services externes de Chêne-Bougeries sont en alerte dès les premiers flocons de neige. Quelle est la procédure ?
PR: La personne de piquet reçoit un appel de la centrale d’alerte cantonale (Castor) qui la renseigne sur les risques de neige ou de verglas. Par une chaîne d’appels, les personnes responsables se rendent ensuite rapidement sur le terrain. Les équipes agissent d’abord sur les axes de communications majeurs et les cheminements piétonniers les plus fréquentés, puis sur les chemins secondaires et enfin sur les voiries des dessertes locales ou privées. Cette procédure est effective du 15 décembre au 15 mars. Elle s’ajoute évidemment à leur travail diurne et je salue ici leur engagement.
On parle de plusieurs formes d’interventions : le sablage, le salage ou l’utilisation de bouillies de sel. Quel est le produit le plus approprié ?
PR: Le sel (chlorure de sodium) est sans conteste le fondant le plus efficace pour combattre la neige et le verglas sur les routes. Il a un effet rapide pendant plusieurs heures et agit jusqu’à -8°C. Le chlorure de calcium, de magnésium sont d’autres fondants tout aussi efficaces, mais nettement plus chers.
Le sel n’est-il pas dangereux pour l’homme ?
PR: Non – à condition bien sûr de l’utiliser dans le respect des directives et suivant les recommandations des offices publiques concernés comme des fabricants. Le sel est indispensable à la vie de l’homme et des espèces animales et végétales à dose maîtrisée.
Les produits chimiques proposés tels que le chlorure de calcium, de magnésium de potassium ou de sodium sont-ils dangereux pour l’environnement ou même pour la santé ?
PR: Les fondants routiers sont des molécules naturelles. Elles participent aux différents mécanismes de la vie. L’environnement réagit de façon réversible ou non aux agressions extérieures. Il est aussi doté de mécanismes d’adaptation qui lui permettent de supporter différents stress sans mettre en péril son équilibre. Les végétaux proches de marais salants ou encore le vin des sables en Provence sont de bons exemples d’adaptation. En fait, tout est question de dosage. Ces produits ne sont dangereux ni pour l’environnement ni pour la santé lorsqu’ils sont utilisés dans des conditions normales.
On entend souvent dire que le sel abîme les routes et fait périr les arbres. Est-il vraiment nécessaire pour la sécurité routière ?
PR: L’épandage intensif de fondants routiers peut être un élément de stress pour l’écosystème voisin d’une route. Le respect de certaines recommandations permet de réduire fortement leur impact. Respecter une distance suffisante entre les plantes et le bord de la route, agrandir les bandes de terre libre autour des arbres, choisir des espèces d’arbres et d’arbustes adéquats, ne pas saler avant d’avoir raclé la neige, en sont quelques-unes. Concernant la sécurité routière, il est certain que l’épandage du sel, en luttant contre la neige et le verglas, diminue le nombre d’accidents de la route. Il faut cependant rappeler aux automobilistes que, malgré le salage, ils ne doivent surtout pas relâcher leur vigilance au volant.
Et les risques de pollution de la nappe phréatique ?
PR: Pour que la nappe phréatique soit touchée, il faut qu’il y ait une très forte concentration de fondants routiers et ceci de façon prolongée. Il y a eu d’énormes progrès accomplis pour maîtriser les eaux de ruissellement des routes. En outre, la présence de barrières de rétention (sacs de routes) aux endroits de concentrations des eaux pluviales favorise la régulation de tous les polluants.
Le sel de déneigement contient de nombreuses impuretés et en particulier plusieurs métaux lourds. Leur toxicité n’est-elle pas un argument fort pour en bannir l’emploi ?
PR: On peut trouver des métaux lourds partout. Dans le sel, ils sont présents dans des proportions infimes. Il n’y a donc aucune toxicité.
En faisant fondre la neige, le sel provoque des chocs thermiques qui endommagent les routes et les ouvrages d’art.
PR: Les écarts de température sont insuffisants pour parler de choc thermique. Les structures routières et les ouvrages résistent à des variations de température beaucoup plus importantes que quelques degrés. Les routes souffrent plus des alternances de périodes de gel et de dégel.
Qui dit neige, dit sel, ennemi des carrosseries. Même si les constructeurs ont fait des progrès, le sel répandu sur les routes n’endommage-t-il pas les véhicules en accélérant la corrosion des carrosseries ?
PR: Les sources de corrosions sont nombreuses. Les fondants routiers ne sont certainement pas les plus importants. L’eau occupe une place de choix, les pluies acides également. Enfin, un des facteurs de corrosion les plus actifs est l’oxygène surtout à cause des alternances sécheresses/pluies.
Pourquoi ne pas sabler ?
PR: Cela est parfaitement possible, et encore pratiqué en milieu rural. En milieu urbain, le sablage pose des problèmes d’enlèvement et encrasse les sacs de routes, sans compter la poussière répandue avec le passage des véhicules.
Quel désavantage pour la sécurité routière ?
PR: Il faut se souvenir que le gravier ne fait pas fondre la neige, mais augmente l’adhérence des pneus sur la surface enneigée ou givrée. Une fois le temps sec revenu, le gravier représente un danger pour les deux roues et il est nécessaire d’enlever l’agrégat.
Est-ce légal ?
PR: Oui, sur les routes communales, le domaine cantonal demeure réservé. Cela pour autant que les axes non salés et éventuellement sablés soient dûment signalés. L’usager de la route doit pouvoir choisir son itinéraire en toute connaissance de cause. Certaine communes riveraines ont tenté l’opération avec plus ou moins de satisfaction.
Le sablage est-il un must pour l’environnement ?
PR: Pour autant que ce matériel soit débarrassé, il est neutre pour l’environnement. Cela signifie qu’aucune atteinte n’est à déplorer, mais nous ne saurions admettre des dépôts minéraux trop importants sur les bermes herbeuses ou les bas côtés forestiers. Je rappelle qu’il faut vidanger davantage les sacs de routes et que le matériel récupéré est considéré comme impropre parce que mélangé avec des eaux usées (hydrocarbure).
En conclusion ?
PR: Si les administrés de Chêne-Bougeries se comportent en citoyen responsable et se sentent concernés par l’excès de sel, nocif pour l’environnement sur nos routes, ils doivent admettrent le principe de s’équiper, d’adapter leur conduite, leur horaire et surtout d’utiliser en cas de fortes gelées ou neige les transports publics. C’est à ces conditions, que nous pourrons imaginer ne plus saler les routes.






